Biographie et ascension d'un maître cartographe
Né à Gouda en 1629 ou 1630 sous le nom de Frederick de Wit, il s'installe à Amsterdam vers 1648. Il y fonde sa propre maison d'édition sous le nom de « De Witte Pascaert » (La Carte Blanche). En 1661, il épouse Maria van der Way, ce qui lui permet d'obtenir la citoyenneté d'Amsterdam en 1662. Son entreprise devient rapidement l'une des plus prospères de la ville, particulièrement après la disparition des grandes maisons concurrentes comme celles de Blaeu et de Janssonius. En 1689, il reçoit un privilège de 15 ans des États de Hollande et de Frise occidentale pour la publication de ses cartes.
L'œuvre et les publications majeures
Frederik de Wit est célèbre pour la diversité et la qualité de sa production cartographique. Son catalogue comprend des cartes du monde, des cartes murales de grande dimension et des atlas maritimes. À partir de 1670, il publie un atlas mondial qui se développe pour contenir jusqu'à 150 cartes. Ses travaux incluent également un atlas maritime (« Orbis Maritimus » publié vers 1675) et un atlas des villes, le « Theatrum Praecipuarum Totius Europae Urbium ». En 1660, il réalise une carte du monde célèbre, la « Nova Orbis Terrarum Delineatio », qui illustre les découvertes géographiques les plus récentes de l'époque.
Style artistique et influence
Le style de Frederik de Wit se distingue par une gravure d'une grande finesse et un sens aigu de la décoration. Ses cartes sont souvent ornées de cartouches élaborés, de figures mythologiques et de scènes de genre qui reflètent l'esthétique baroque. Bien qu'il ait racheté de nombreuses plaques de cuivre à des éditeurs comme Blaeu ou Janssonius, il a su imposer sa propre identité visuelle, caractérisée par des bordures richement illustrées. Son influence fut telle qu'après sa mort en 1706, ses plaques furent acquises par Pieter Mortier, puis par la firme Covens & Mortier, continuant ainsi de circuler pendant plusieurs décennies.
Un héritage cartographique durable
L'atelier de De Wit était situé dans la Kalverstraat, un centre névralgique du commerce d'estampes à Amsterdam. Outre les cartes géographiques, il publiait des gravures d'art et des bibles illustrées. Son travail a contribué à standardiser la représentation du monde à la fin du XVIIe siècle, en intégrant des informations hydrographiques précises sur ses cartes maritimes. Après son décès, sa veuve Maria a maintenu l'activité jusqu'en 1710, préservant ainsi l'intégrité d'une collection qui reste aujourd'hui une référence majeure pour l'étude de la cartographie ancienne.