Qui était Joseph de Ferraris ?
Né à Lunéville en 1726 et mort à Vienne en 1814, le comte Joseph de Ferraris (de son nom complet Joseph-Jean-François, comte de Ferraris) est un général d'artillerie, feld-maréchal et cartographe ayant accompli l'ensemble de sa carrière militaire et scientifique au service de la maison d'Autriche (les Habsbourg).
Originaire du duché de Lorraine, il entre très jeune comme cadet dans l'armée autrichienne sous le règne de Marie-Thérèse. Vétéran distingué de la guerre de Succession d'Autriche et de la guerre de Sept Ans, il est nommé directeur général de l'artillerie des Pays-Bas autrichiens (correspondant approximativement à la Belgique actuelle, au Luxembourg et à certaines parties des Pays-Bas et du nord de la France) et gouverneur de Termonde. C'est à Bruxelles qu'il conçoit et pilote le monumental relevé topographique qui attachera définitivement son nom à l'histoire de la cartographie européenne.
L'œuvre cartographique majeure : la carte de Ferraris (1771-1778)
La version manuscrite militaire : la « Carte de cabinet »
Entre 1771 et 1777, sous l'impulsion du prince de Starhemberg (ministre plénipotentiaire) et de Charles-Alexandre de Lorraine (gouverneur général), Joseph de Ferraris entreprend le levé intégral du territoire des Pays-Bas autrichiens :
- Un levé systématique à grande échelle : réalisée à l'échelle du 1/11 520 par des officiers et élèves-ingénieurs militaires, cette version manuscrite compte 275 planches coloriées à la main, accompagnées de 12 volumes de mémoires historiques, économiques et militaires détaillés.
- Le secret militaire : réservée à l'usage exclusif de l'état-major et du pouvoir impérial à Vienne, cette carte manuscrite (dite Carte de cabinet) décrivait avec une minutie sans précédent le relief, les massifs forestiers, les fossés, l'état des chemins, les zones marécageuses et la disposition des hameaux. Seuls trois exemplaires originaux complets ont été réalisés (pour l'empereur Joseph II, le gouverneur Charles de Lorraine et Ferraris lui-même).
La version gravée publique : la « Carte marchande »
Face à l'intérêt économique et civil d'un tel outil, Ferraris fait graver et commercialiser entre 1777 et 1778 une version imprimée destinée au public lettré, aux administrateurs et aux marchands :
- La Carte chorographique des Pays-Bas autrichiens : gravée sur cuivre à l'échelle du 1/86 400 (échelle comparable à celle de la Carte de Cassini en France), elle se compose de 25 grandes feuilles in-folio.
- La gravure au burin : les cuivres ont été gravés à Malines puis à Bruxelles, offrant une synthèse topographique d'une remarquable netteté, complétée par une grande feuille d'assemblage et une table des matières géométrique.
Caractéristiques stylistiques, scientifiques et postérité
La rigueur géodésique du siècle des Lumières
La carte de Ferraris représente, aux côtés de la carte de Cassini en France, l'un des sommets de la cartographie géodésique du XVIIIe siècle en Europe occidentale :
- Raccordement aux réseaux trigonométriques voisins : Ferraris s'est appuyé sur les travaux de l'Académie impériale et royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles et a veillé à raccorder ses triangulations avec les points géodésiques de la carte de Cassini le long de la frontière française.
- Toponymie et détails du paysage rural : la carte constitue un état des lieux exceptionnel des terroirs à la veille de la Révolution industrielle. Moulins à vent, gibets, abbayes, cours d'eau, types de cultures, enceintes fortifiées et haies bocagères y sont rigoureusement répertoriés par des symboles normalisés.
- Sobriété de l'édition gravée : le cartouche de titre de la version publique, dédié à Sa Majesté Impériale et Royale, adopte l'élégance néoclassique avec les armes impériales autrichiennes (aigle bicéphale) et des allégories du commerce, des arts et de l'agriculture.