Une carrière au sommet de la géographie royale
Né à Paris le 7 février 1700, Philippe Buache commence sa carrière comme apprenti et assistant dans l'atelier du cartographe Guillaume Delisle. Après la mort de ce dernier en 1726, il prend la direction de l'entreprise d'édition et épouse la fille unique de son mentor. En 1729, il est nommé Premier géographe du Roi, succédant à Giacomo Filippo Maraldi. L'année suivante, il devient adjoint géographe de l'Académie royale des sciences, un titre créé spécifiquement pour lui. Tout au long de sa vie, il travaille à mettre en ordre et à publier les recherches laissées par Guillaume Delisle, tout en produisant ses propres travaux originaux.
Innovations techniques et géographie physique
Philippe Buache est particulièrement respecté pour l'introduction du hachurage, une méthode permettant de représenter l'élévation sous-marine sur une surface plane. En 1752, il présente son "Essai de géographie physique" à l'Académie, où il expose sa vision du monde organisée autour de grandes chaînes de montagnes traversant le globe, tant sur terre que sous les mers. Ses cartes s'appuient sur des recherches savantes, des journaux d'explorateurs, des récits de missionnaires et des observations astronomiques directes. Parmi ses œuvres notables figurent le "Planisphère physique où l'on voit du pôle septentrional ce que l'on connoit de terres et de mers" (1756) et une "Carte minéralogique" réalisée avec Guettard en 1746.
La géographie spéculative et les controverses
À une époque où de vastes régions restaient inexplorées, notamment le Nord-Ouest de l'Amérique et les pôles, Buache a pratiqué ce que l'on appelle la "géographie spéculative" ou "géographie positive". Cette approche consistait à remplir les zones blanches des cartes par des théories géographiques et des sources parfois douteuses pour tenter de valider l'inconnu par le connu. Cette pratique a engendré de vives rivalités, notamment avec Didier Robert de Vaugondy. Ses travaux sur la "Mer de l'Ouest" et ses théories sur les continents polaires ont alimenté de nombreux débats au sein de l'Académie des sciences jusqu'aux explorations de la fin du XVIIIe siècle par Cook ou La Pérouse.
Héritage et successions cartographiques
Au cours de sa carrière, Philippe Buache a établi plus de 1 500 cartes. Il a notamment travaillé sur des plans hydrographiques de Paris, des cartes de la Guyane après le traité de Paris de 1763, et des cartes corrigées du golfe du Mexique. À sa mort, survenue à Paris le 24 janvier 1773, son neveu Jean-Nicolas Buache de Neuville lui succède. Ses travaux ont continué d'être diffusés et mis à jour par des éditeurs comme Dezauche, prolongeant l'influence de l'école de géographie française issue des ateliers Delisle et Buache.