Qui était Jean Surhon ?
Né vers 1530 à Mons et mort après 1594, Jean Surhon (dont le nom est souvent latinisé sous la forme Johannes Surhonius, parfois francisé en Jean de Surhon) est un orfèvre, ingénieur et cartographe des Pays-Bas méridionaux (Hainaut).
Issu d'une famille d'artisans montois, il est le fils de Pierre Surhon et le frère de Jacques Surhon (Jacobus Surhonius), lui aussi orfèvre et cartographe de renom. Alors que la Renaissance cartographique s'épanouit dans les provinces flamandes et brabançonnes sous le règne de Philippe II d'Espagne, les frères Surhon mettent leurs compétences en dessin technique et en travail des métaux précieux au service du relevé direct des territoires frontaliers du nord de la France et des Pays-Bas espagnols.
Les levés et les cartes majeures de Jean Surhon
Les cartes régionales de Picardie, du Vermandois et de l'Artois
Contrairement à de nombreux éditeurs de son époque qui compilaient des travaux existants, Jean Surhon procédait à de véritables observations sur le terrain et à des levés topographiques directs :
- La carte du Vermandois (Veromanduorum eorumque confinium exactissima descriptio) : achevée vers 1558, cette planche couvre avec minutie la région de Saint-Quentin, Noyon et Laon. Elle offre un témoignage topographique exceptionnel sur ce théâtre d'opérations clé des affrontements entre la France d'Henri II et l'Espagne de Philippe II (notamment la célèbre bataille de Saint-Quentin en 1557).
- La carte de Picardie (Picardiae celeberrimae regionis nova et exacta descriptio) : dressée au début des années 1570, elle documente le littoral de la Manche, la vallée de la Somme et les limites septentrionales du royaume de France.
- La carte de l'Artois (Artesia comitatus) : souvent travaillée et complétée en synergie avec les relevés de son frère Jacques (qui réalisa de son côté la première grande carte moderne du comté de Namur).
La publication dans le Theatrum Orbis Terrarum d'Abraham Ortelius
Les levés manuscrits de Jean Surhon attirèrent l'attention du maître anversois Abraham Ortelius. Dès les premières éditions du Theatrum Orbis Terrarum (publié à partir de 1570 à Anvers) puis dans ses suppléments (Additamenta), Ortelius fit graver sur cuivre et inséra les cartes des frères Surhon.
Ortelius cite d'ailleurs explicitement Jean Surhon dans son Catalogus Auctorum (la liste des sources et auteurs scientifiques de son atlas), saluant l'exactitude de ses tracés qui remplaceront avantageusement les descriptions médiévales et ptoléméennes jusqu'alors en usage.
Caractéristiques stylistiques et techniques des cartes de Surhon
La précision maniériste de l'école d'Anvers
Les plaques gravées d'après les dessins de Jean Surhon, principalement exécutées au burin dans les ateliers anversois (notamment par des maîtres graveurs de l'entourage d'Ortelius tels que Frans Hogenberg), se distinguent par des éléments graphiques remarquables :
- Cartouches maniéristes flamands : les titres et privilèges sont encadrés de cuirs découpés, de rinceaux, de mascarons et de guirlandes de fruits caractéristiques de l'ornementation nordique du XVIe siècle.
- Toponymie vernaculaire et hydrographie fine : un tracé extrêmement dense des rivières, canaux et marais des plaines du Nord, accompagné d'une transcription fidèle des noms de paroisses, villages, abbayes et seigneuries locales.
- Orientation et symboles territoriaux : présence de roses des vents soignées, de petits vaisseaux navigant sur les côtes de la Manche et de figurés collinaires et boisés montrant l'état des massifs forestiers de l'époque.